Devenir une entreprise à mission

par | 23 Sep 2020

La décision de passer entreprise à mission n’est pas anodine et ne doit pas être prise à la légère. Il faut que cette décision embarque tout le monde, et qu’elle soit portée par la direction.


Par Charles de Geofroy.


Il n’y pas de méthode toute faite. Chaque entreprise a son chemin. Cependant, la première étape peut consister à définir une raison d’être statutaire : Il s’agit simplement d’inscrire dans vos statuts votre raison d’être. C’est un engagement fort car cette raison d’être devient désormais opposable juridiquement. Mais en même temps, cette raison d’être si elle est coconstruite avec vos parties-prenantes, devient un polarisant très fort et une véritable boussole pour votre organisation.

Dans un second temps vous pourrez passer entreprise à mission, ce qui nécessitera de faire légèrement évoluer votre gouvernance puisqu’il vous faudra constituer un comité de mission, composé d’au moins un salarié dédié, dans l’idéal d’une représentation de vos parties prenantes, qui sera chargé, par des recommandations à la direction, de s’assurer de la bonne mise en application des objectifs de votre mission, avec le contrôle d’un organisme tiers indépendant.

La première étape reste cependant la plus importante cruciale et comporte 5 points de passage clefs si vous voulez vraiment réussir l’exercice avec succès :

  1. Aligner toute l’entreprise et tout son environnement sur le projet : La force de la mission est d’être un polarisant très puissant. Si vous n’embarquez pas tout votre environnement dans la démarche et que seul le Comex ou l’entourage proche du dirigeant travaille dessus, vous perdez tout l’intérêt et l’atout de la démarche. Veuillez donc bien à inclure toutes vos parties prenantes dans ce projet. Si vous estimez qu’elles ne sont pas mûres, alors cherchez à les convaincre mais ne partez pas seul. 
  2. Ce travail de redéfinition a d’autant plus d’intérêt qu’il se fait en en allant puiser dans l’héritage et l’identité de votre organisation : un enquête sur votre histoire, vos valeursvous aidera notamment à renouer avec le geste du fondateur et mieux vous approprier la singularité de votre projet en analysant les continuités et les ruptures depuis la fondation.
  3. Définissez votre raison d’être au regard des enjeux sociaux et environnementaux de notre temps. Attention. Assurez-vous que tout votre environnement soit sensibilisé à ces enjeux, car ce travail doit pouvoir se faire grâce à l’intelligence collective de toutes vos parties prenantes. 
  4. Mettez en place une stratégie pour réajuster et mettre en “congruence” les activités de votre organisation avec sa raison d’être. Intégrez les projets nécessaires à ce réajustement dans votre dispositif de transformation et passez à l’action en valorisant au mieux la subsidiarité dans votre encadrement.
  5. Valorisez votre démarche en la faisant reconnaître par un label (B-Corp, Lucie) et communiquez votre raison d’être pour développer votre marque employeur, votre relation client et votre ancrage institutionnel et territorial.

Ne pas respecter ces étapes risque de vous amener vers un résultat décevant, avec une raison d’être sans substance, qui reprend des éléments de langage à la mode et qui par conséquent ne vous correspond pas et n’emportera pas l’adhésion de votre environnement.

Beaucoup d’entreprises ont travaillé sur une raison d’être mais peu ont réussi à en faire un véritable outil de gouvernance disruptif. 

Pourquoi ?

D’une part parce que beaucoup d’entreprises ont défini des raison d’être non statutaires, ce qui ne les a donc engagé en rien et par conséquent les a tout de suite classé dans la catégorie des entreprises “purpose washing”.

D’autre part parce que beaucoup d’entreprises ont vu dans la raison d’être un ultime outil marketing et sont restées dans le logiciel de l’entreprise actionnariale uniquement tournée vers son marché.

Hors, l’entreprise de demain n’est pas actionnariale, elle est partenariale. Elle ne se définit donc plus par sa “raison d’avoir” mais pas sa “raison d’être”. D’autre part, elle n’est plus seulement leader de son marché, mais leader de son environnement.

Découvrez également :

L’art de la prospective climatique

L’art de la prospective climatique

En matière de prospective, celle qui concerne les risques climatiques est en plein essor. Du moins, en théorie. En effet, si tout le monde est d’accord sur le fait que les entreprises et les institutions devraient se doter d’une vision, d’une capacité à anticiper les...

Pour une hygiène numérique

Pour une hygiène numérique

Je vois beaucoup de personnes se plaindre en entreprise, en particulier dans les grands groupes, de devoir traiter 100, voire 200 mails par jour. Certaines start up ont pris le contre-pied de cette pratique et se vantent de ne plus utiliser les mails. Tout s’échange...

2021 : être et durer

2021 : être et durer

La vie est faite de moments favorables ou tout nous réussit, et d’autres moins favorables ou la chance semble ne plus être de notre côté. Par Charles de Geofroy. Il arrive que ces moments favorables soient les fruits d’un travail de fond que nous avons pu mener dans...

Les 5 piliers du décideurs Égrégore

Dans un monde de plus en plus complexe et incertain, les décideurs sont soumis à rude épreuve. Découvrez notre offre ici >>

Pin It on Pinterest

Share This