Pour une hygiène numérique

par | 21 Jan 2021

Je vois beaucoup de personnes se plaindre en entreprise, en particulier dans les grands groupes, de devoir traiter 100, voire 200 mails par jour. Certaines start up ont pris le contre-pied de cette pratique et se vantent de ne plus utiliser les mails. Tout s’échange sur chat : slack en tête. Mais en réalité, le problème est simplement déplacé. Il empire même car le chat impose souvent une réponse plus rapide que le mail. Certains arrivent rapidement à 300 messages slack par jour.


Par Charles de Geofroy.


La transformation numérique nous a nous permet de voyager léger, de nous libérer du courrier et des armoires de stockage : Tout est accessible ou je veux et quand je veux dans le creux de ma main ou sur mon ordinateur portable. Cependant, il semble que face à cette liberté tant vantée, nous soyons devenu dépendants, voire esclaves de cette incroyable technologie. Avez-vous une idée du temps que vous passez chaque jour devant vos écrans ?

Une enquête faite auprès de 2000 adultes aux États-Unis par des chercheurs d’OnePoll, a montré que l’Américain moyen passe l’équivalent de 44 ans sur les écrans. En France, c’est 5h heure par jour devant son smartphone depuis le confinement. 

Regardons comment se décortique une journée de 24h standard :

  • 8h de sommeil restent un temps relativement incompressible sauf exception
  • 7h de travail, incluant 5 heures devant son écran pour les métiers de service.
  • 3h30 de vie courante (transports, repas, douche, ménage…)
  • 1h30 de vie sociale (amis, rencontres, etc.)
  • 2h de temps en famille
  • 2h de loisirs / sport / développement personnel / lecture / musique / films etc.

Les 5h00 devant notre téléphone affectent forcément l’un de ces “postes”, et très souvent, ce sont les relations sociales, le temps en famille et les temps de loisirs qui sont sacrifiés. 

Beaucoup diront que les réseaux sociaux et les jeux permettent de remplacer les relations sociales et une partie des loisirs. Ils auraient même sauvé les gens durant le confinement. Mais rien n’est moins sûr. Le documentaire “derrière nos écrans de fumée » montre à quel point les réseaux sociaux tels qu’ils sont conçus aujourd’hui isolent les gens. Ils les enferment dans des tunnels d’information et de certitude et détruisent le lien social.

Je me suis moi-même surpris au mois de décembre à passer 5 heures par jour sur mon portable, dont presque 4 heures sur les réseaux sociaux. J’ai pu observer que lorsque j’étais en famille à Noël, je m’isolais régulièrement pour aller les consulter : j’ai calculé que j’avais passé autant de temps devant mon écran qu’avec ma famille.

Si on ajoute le temps passé devant les autres écrans (ordinateur, télévision & écran collectif) nous pourrions passer jusqu’à 14 heures devant un écran sur une journée de…16h. Nous ne passons donc plus que deux heures à regarder le monde réel qui nous entoure, contre 14h à le regarder à travers un écran. 

Quel lien avec les 200 mails par jour ?

Il est évident : L’effet de l’écran sur notre vie est multiple. Mais celui qui nous intéresse ici est la diminution de notre capacité de discernement : des chercheurs de la Michigan State University ont publié les résultats d’une étude qui montre que l’utilisation excessive de l’écran, en particulier des réseaux sociaux, altère la prise de décision chez les utilisateurs, comme les toxicomanes.

En effet, l’écran a ce double paradoxe de nous appeler à une posture passive de spectateur la plupart du temps tout en ayant l’impression d’un pouvoir illimité. Hors, dans la vraie vie, notre pouvoir est limité, et la récompense est toujours précédée d’un effort. Les réseaux sociaux se servent de cette situation pour court-circuiter notre système de la récompense en jouant avec notre besoin de reconnaissance sociale. L’altération de ce circuit nous fait doucement perdre le sens de l’effort et par conséquent le sens des priorités. 

J’ai moi-même ressenti les effets de l’écran tout d’abord sur mon sommeil, ma santé physique car je faisais moins de sport et ma santé mentale : l’esprit agité en permanence, jamais au repos. Mais surtout, je prenais de mauvaises décisions, en particulier dans le cadre de mon entreprise, ou je passais trop de temps sur des tâches sans importance et n’arrivais plus à faire ce qui était réellement important.

La première chose pour moi a été de reconquérir mon temps “sans-écran”, plus particulièrement les réseaux sociaux : J’ai supprimé les applications principales de réseaux sociaux de mon téléphone portable (facebook, Instagramm), supprimé les notifications de mes applications messageries, mis mon écran en noir et blanc avec un limitateur de temps. 

Mais surtout, au delà des règles, j’ai repris le développement personnel et les “techniques d’optimisation du potentiel” : routine matinale, méditation, visualisation, sport ect…Mon temps d’écran est passé de 5 heures à 2 heures pour mon portable, et de 5h à 4h pour mon ordinateur. Et surtout, j’ai retrouvé le sens des priorités.

Dans beaucoup d’entreprises que nous accompagnons, les problèmes de mailocratie sont réels et correspondent à de vraies souffrances. La seule réponse apportée se limite souvent à des règles d’utilisation qui bien souvent ne fonctionnent pas. 

Car le véritable problème est bien une question de perte du sens des priorités due en grande partie à une trop forte consommation d’écran. 

Mettre en place une véritable sensibilisation à l’hygiène numérique dans les entreprises est devenu aujourd’hui, dans le cadre des chantiers de transformation liés aux nouveaux modes de travail, un véritable enjeu. Les techniques d’optimisation du potentiel développées par les neurosciences sont aujourd’hui les outils les plus efficaces que nous avons trouvés pour permettre d’opérer un véritable changement d’état d’esprit. Car il s’agit bien d’une reprogrammation de notre esprit et non uniquement une simple sensibilisation.

Car c’est grâce à cet état d’esprit que vous pourrez choisir entre le coup de fil rapide ou le mail, la réponse immédiate ou celle qui peut attendre, écouter ses collègues, ses clients, mener des ruénions efficaces, désamorcer les conflits et contribuer à la cohésion de son entreprise. Notre temps est sacré, ne nous le faisons pas voler.

Découvrez également :

L’art de la prospective climatique

L’art de la prospective climatique

En matière de prospective, celle qui concerne les risques climatiques est en plein essor. Du moins, en théorie. En effet, si tout le monde est d’accord sur le fait que les entreprises et les institutions devraient se doter d’une vision, d’une capacité à anticiper les...

2021 : être et durer

2021 : être et durer

La vie est faite de moments favorables ou tout nous réussit, et d’autres moins favorables ou la chance semble ne plus être de notre côté. Par Charles de Geofroy. Il arrive que ces moments favorables soient les fruits d’un travail de fond que nous avons pu mener dans...

De l’audace pour décider

De l’audace pour décider

Beaucoup d’entreprises ne décollent pas comme elles pourraient le faire car les décisions ne sont ni clairement ni rapidement prises. Des comités, toujours des comités, pour des décisions qui pouvaient être prises beaucoup plus rapidement. Perte de temps, perte...

Les 5 piliers du décideurs Égrégore

Dans un monde de plus en plus complexe et incertain, les décideurs sont soumis à rude épreuve. Découvrez notre offre ici >>

Pin It on Pinterest

Share This